Industrialisation et emploi au Sénégal : l’urgence d’un basculement stratégique ( Par Cheikh Mbacké Sène )
Le débat sur le chômage au Sénégal est trop souvent abordé sous l’angle conjoncturel, alors qu’il relève fondamentalement d’une problématique structurelle. Le véritable défi n’est pas uniquement de cr
Le débat sur le chômage au Sénégal est trop souvent abordé sous l’angle conjoncturel, alors qu’il relève fondamentalement d’une problématique structurelle. Le véritable défi n’est pas uniquement de créer des emplois, mais de transformer en profondeur un modèle économique encore peu productif et insuffisamment industrialisé. Dans un contexte marqué par une forte pression démographique et une arrivée massive de jeunes sur le marché du travail, le Sénégal fait face à une équation complexe : comment absorber durablement cette main-d’œuvre dans une économie dominée par le secteur informel et les services à faible valeur ajoutée ? Un déséquilibre structurel préoccupant Aujourd’hui, le tissu industriel sénégalais reste limité. On recense environ 2 000 entreprises industrielles pour un peu plus de 120 000 emplois formels. Ce niveau est largement insuffisant pour une économie de plus de 17 millions d’habitants. Dans le même temps, l’essentiel des emplois se concentre dans l’informel, caractérisé par une faible productivité, une précarité élevée et une contribution limitée à la création de richesse nationale. Ce déséquilibre traduit une réalité simple : le Sénégal ne manque pas d’activité, mais d’emplois productifs et structurés. L’industrie, levier central de transformation L’histoire économique mondiale est sans ambiguïté : aucun pays n’a réussi à réduire durablement le chômage de masse sans passer par une phase d’industrialisation. L’industrie présente un triple avantage stratégique